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Le Lean : la troisième révolution industrielle ?

Date de publication : 03-11-2009
Dans le contexte économique actuel, Jacques Roura, Thésame, est convaincu qu’il est impératif et même vital pour les entreprises de déployer le Lean. Toutes les explications dans cet article issu du JITEC.

Le Lean est la démarche à la mode, tout le monde prétend en faire, mais bien peu en font réellement car le plus souvent on ne met en place que les outils, pas l’état d’esprit. Or c’est précisément cela qui en constitue la substantifique moelle. On a mis longtemps à comprendre la puissance du Lean. On ne fait encore que l’entrevoir aujourd’hui. Le Lean est un acte volontariste et stratégique de l’entreprise, qui entraîne une profonde mutation sur la durée et implique tout le monde. Mutation essentiellement du management, condition de base de la durabilité.

 

Pourquoi parler de révolution pour ce qui ne semble être qu’une démarche efficace d’organisation ? Pour plusieurs raisons, la principale étant le fait de s’enlever toute limite en permettant d’entrer dans un cycle de progrès sans fin. Progrès qui ne signifie pas forcément croissance illimitée mais plutôt amélioration continue de l’entreprise, perfectionnement permanent des personnes.

 

Ce progrès nécessite une condition inattendue : une nouvelle éthique d’entreprendre, et produit un résultat étonnant : la rapidité et l’ampleur des résultats obtenus, si élevés que ceux qui n’entreprendront pas la démarche seront bientôt balayés.

 

Ces deux traits nous ont convaincu que, dans le contexte économique actuel, il est impératif et même vital de déployer le Lean. On sait maintenant que les gains énormes et durables obtenus par la volonté de s’améliorer en permanence, joints à une forte capacité d’innovation de l’entreprise, sont les deux éléments de base qui permettront le maintien de l’industrie dans notre pays.

 

Une nouvelle éthique d’entreprendre

Il s’agit tout simplement d’un humanisme de la prospérité. Réussir oui, mais pas à n’importe quel prix. Économie peut-être, mais l’humain et la planète passent avant. Il est remarquable de constater que nombre de dirigeants de PME ont une forte volonté de réussir par l’emploi local : « dans la situation de crise actuelle, mon principal travail consiste à maintenir un emploi à mes salariés » clame l’un d’eux.

 

Les valeurs

- Conjuguer profit ET respect des personnes, en incluant tous les partenaires

- L’écoute et la reconnaissance de l’autre

- La transparence (dire ce qu’on pense) et la cohérence (faire ce qu’on dit)

- La loyauté et l’équité

- L’humilité devant la complexité : modestie, remise en question

- Le courage, la rigueur, la discipline et la ténacité

- La responsabilité et l’auto­nomie

- La coopération : participation, faire progresser toutes les parties, partage des gains et de l’information

- L’excellence : recherche de la perfection

 

Une démarche globale

Le Lean s’applique à toute activité : ateliers, services support, bureaux, développement produits, industrialisation, entreprises de service. Parce que c’est une démarche systématique d’élimination des gaspillages qui implique tout le monde.

 

Qu’est-ce qui fait que ceux qui prétendent faire du Lean n’en font généralement pas ?

Le Lean est d’une très grande exigence, éthique, philosophique, sur le long terme. Il faut une grande force de caractère pour toujours appliquer ce qu’on a convenu comme standard et pour savoir se remettre en question périodiquement.

C’est pourquoi la plupart des entreprises font seulement de la chasse aux coûts en mettant en place des outils voire des recettes et si elles ne changent pas leur fusil d’épaule, elles ne perdureront pas. Le système finira par se déliter et l’entreprise, par disparaître.

Pour agir sur le long terme il faut savoir moins gagner sur le court terme, c’est cela que la plupart des actionnaires ne savent pas faire. Et pourtant à l’arrivée, leur profit serait supérieur.

 

Toyota

Nous devons rendre un certain hommage à Toyota. Après tout c’est l’inventeur de la méthode et il possède toujours une large avance sur les autres. En cette année catastrophique pour l’industrie automobile, Toyota est le grand constructeur le moins déficitaire, ses licenciements sont provisoires, et il maintient le lien avec ses anciens salariés en attendant des jours meilleurs. Non seulement il se place en tête de la qualité depuis de nombreuses années, mais il a atteint récemment la place de numéro Un mondial, et c’est aussi devenu le meilleur innovateur, avec la meilleure vision de l’avenir (poursuite de la stratégie hybride alors que d’autres vont vers le tout électrique où sont restés scotchés aux 4x4). À l’heure où de grands constructeurs états-uniens déposent le bilan, Toyota perdure et maintient son avance.

 

Transformer les managers en formateurs

Les managers veulent manager ! Quoi de plus normal ? Mais ce n’est pas ce qu’on leur demande dans le Lean ! Ils doivent se transformer en formateurs et assistants de leurs collaborateurs afin que ceux-ci maîtrisent mieux leur travail et deviennent plus autonomes. Dans certaines entreprises les plus avancées c’est à la capacité de transmettre son savoir-faire qu’on juge l’encadrement. Ce n’est plus le meilleur ouvrier qui devient chef d’équipe, c’est le meilleur pédagogue ! Le dirigeant d’une entreprise lancée dans l’aventure Lean me racontait dernièrement sa surprise de se voir lui-même en train de demander à ses équipes de s’entraîner à fabriquer parfaitement un nouveau produit avant de lancer la fabrication. Pendant un temps il perd en productivité ce qui est paradoxal mais il est largement gagnant par la suite avec la maîtrise du procédé et la diminution des rebuts et retouches.

 

Élévation générale des compétences

C’est là que le respect des gens montre toute sa puissance !

Les besoins de base sont satisfaits par la sécurité de l’emploi, un bon salaire et des conditions de travail sécurisées. La culture de l’amélioration continue favorise la progression vers l’accomplissement individuel. Le principe général de la mise en flux ou en îlot nécessite une polyvalence accrue, rapproche les gens et les oblige à coopérer.

Former les gens ne consiste pas seulement à les envoyer dans des stages de formation. L’essentiel des formations se fait sur le terrain. Lorsqu’on a un problème à résoudre, on se rend sur place immédiatement. L’équipe prend le temps nécessaire pour aller au fond du problème puis quand la solution est trouvée, sa mise en œuvre est immédiate !

 

Généralisation aux partenaires commerciaux : obsolescence des notions de donneur d’ordre et de sous-traitant ?

Avec la profonde et brutale mutation que subit l’industrie, on peut se demander s’il n’y a pas quelque chose de totalement erroné dans les relations d’affaires classiques. Le fait que le client soit prioritaire ne peut plus entraîner que l’on exige n’importe quoi du fournisseur ou qu’il soit taillable et corvéable à merci. On commence à rencontrer dans les relations d’affaire une attitude plus Lean qui est la transparence : dans ce mode de fonctionnement, il n’est pas exclu de se transmettre mutuellement ses coûts de revient. Cela nécessite bien entendu une relation plus intime de confiance, et donne un avantage considérable parce que le coût peut ainsi être optimisé puisque l’on connaît l’ensemble des tâches et que l’on peut éviter celles qui sont inutiles. Par exemple nous avons diminué le niveau de pollution particulaire exigé, car le client les resalissait à l’arrivée chez lui ! Le fournisseur a pu ainsi éviter l’acquisition d’une machine d’un million d’euros.

 

Un système particulièrement bien adapté aux PME

Pragmatique, flexible, le Lean s’adapte bien aux PME. Citons par exemple les chantiers Kaizen qui permettent en trois jours environ de réaliser des gains substantiels là où auparavant il nous aurait fallu de longs mois pour des gains moins importants. Par ce côté percutant on évite la lassitude. Nous avons par exemple revu toute une chaîne de production permettant de résorber un retard de 40 semaines et de faire passer le délai de réalisation de plusieurs semaines à trois jours. Le déploiement peut se faire très rapidement : les membres de ce premier îlot sont ceux qui conduisent sa généralisation aux autres processus. Dans un autre cas, l’en-cours est passé de trois semaines à une semaine. Tandis qu’ailleurs, nous avons doublé la productivité d’un poste de travail.

 

Et maintenant ?

Si vous avez persévéré dans la lecture jusque là, c’est que vous êtes mûr pour le Lean ! Et vous savez maintenant à quoi vous attendre !

 

 

L’auteur de cet article :
Jacques Roura
Thésame
http://www.jiteconline.com



Cécile SZCZERBAK
ARDI Performance
cecile.szczerbak@ardi-rhonealpes.fr
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