Eurotechnopolis Institut et l'Institut de Gestion Sociale (IGS) ont organisé, en juin dernier, la présentation des résultats de leur enquête concernant la manière dont les entreprises organisent les échanges d'idées grâce aux réseaux. En voici une synthèse.Seule l'innovation permettra aux pays avancés, dont la France, de continuer à créer de la valeur donc du revenu. Seule l'innovation permettra de sortir les entreprises du cycle infernal de l'intensification de la concurrence et des stratégies de diminution des coûts. Si ces idées sont aujourd'hui partagées par tous, le plus difficile reste à réaliser : comment s'y prendre ?
L'e-fertilisation est une démarche émergente qui se positionne comme un moyen à mettre en oeuvre pour aboutir à un processus d'innovation. Elle peut se définir comme une politique consistant à favoriser les échanges d'idées et d'expériences dans le but de faciliter la création de valeur conjuguée à moindre coût. Etat des lieux de cette pratique dans les entreprises.
« Ce sont les relations entre les composants d'une chaîne de valeur qui produisent la valeur immatérielle : un tas de 4 millions de briques ne « vaut » pas autant que le Dôme de Florence » Denis Ettighoffer, Eurotechnopolis Institut.
L'Economie change. Nos industries évoluent d'une économie basée sur l'hyper productivité vers une économie du savoir, de l'innovation. A terme, le paysage industriel européen va se diviser en deux types d'entreprises. D'un côté des industries favorisant une hyper productivité, des coûts fixes et des coûts de transaction les plus faibles possibles. La croissance de ces entreprises sera basée sur l'automatisation des transactions.
De l'autre, des industries favorisant l'innovation comme source de croissance. La création de valeur sera basée sur l'intensité et la qualité des échanges des savoirs à l'intérieur de l'entreprise tout comme avec des partenaires extérieurs (clients, laboratoires de recherche, communautés de métiers, consultants, fournisseurs...).
C'est à cette seconde forme de création de valeur que l'Institut Eurotechnopolis et l'IGS (Institut de Gestion Sociale) s'est intéressée en nous présentant le 2 juin dernier, les principaux résultats d'une enquête, conduite en 2003, sur 42 entreprises françaises. Cette étude traite des façons dont les entreprises organisent les échanges d'idées et de savoirs à travers des réseaux (c'est ce que l'on nomme « e-fertilisation »).
Les principaux résultats de l'enquête IGS
L'origine des idées
L'origine d'une innovation est initiée par la direction (38%) puis par les consultants et les clients (37%) et par le personnel et l'encadrement (25%).
Il est intéressant de constater que les sous-traitants ne font pas parties du trio de tête des personnes susceptibles d'apporter des idées, source d'innovation.
Les facteurs incitant à la pratique de l'e-fertilisation
Les trois leviers qui font bouger les entreprises vers un travail en réseau sont :
- La pression de l'environnement interne (concurrence accrue, déréglementation, pression sur les marges),
- Les besoins d'adaptation des organisations (alliance/partenariat, fusion/acquisition, réorganisation, mobilité du personnel...),
- Les évolutions techniques ou commerciales (Innovation, mondialisation et travail en réseau, maturité des outils TIC...).
L'utilisation actuelle des outils d'e-fertilisation
L'utilisation des outils de réseau et de capitalisation et partage des connaissances sert principalement trois grandes missions. Dans l'ordre de priorité :
- Augmenter l'efficacité professionnelle des employés : c'est une vision ressources humaines qui ressort en premier. L'utilisation des outils d'e-fertilisation sert à la formation, à la création de réseau d'experts....,
- Capitaliser et accéder au savoir : la pratique de la gestion des connaissance au sein de l'organisation est en plein essor. Les communautés de travail, les intranets, forums sont des outils de plus en plus utilisés,
- Développer le chiffre d'affaires à travers la capacité à trouver de nouveaux clients et à fidéliser les autres. Des outils tels que les portails d'entreprises, les Extranets et sites Internet sont mis en place.
Néanmoins un bémol est à souligner. Seuls quatre outils d'échanges électroniques sont présents dans les ¾ des entreprises interrogées : les messageries, le téléphone, l'accès à Internet et les moteurs de recherche. La téléréunion, les forums de discussion, les portails d'entreprise, les communautés de travail, le bureau virtuel sont des outils existants mais pas encore utilisés dans la majorité des entreprises.
Les freins au développement de la pratique d'e-fertilisation
Trois freins majeurs sont ressortis de l'enquête :
- Le frein n° 1, bien loin devant les autres, est lié à la culture de l'entreprise. Le manque de culture collaborative, le cloisonnement des organisations, la peur de la perte du pouvoir et le manque de reconnaissance des contributeurs sont les principaux freins à lever pour entrer dans une politique d'e-fertilisation permanente.
- Le second frein, est lié aux difficultés d'utilisation des outils. Le manque de temps, des outils inadaptés et la difficulté à mesurer le retour sur investissement de ces outils sont les contraintes limitant le travail en réseau.
- Le troisième frein est lié au manque de motivation et de sensibilisation du personnel et de l'encadrement. La difficulté à percevoir les bénéfices individuels à en retirer, l'absence de priorité et d'objectifs clairs sur la nécessité des réseaux expliquent un manque d'implication certain de la part du personnel de l'entreprise.
L'utilisation de l'e-fertilisation dans un avenir proche
Pour conclure cette enquête, les 2/3 des entreprises ont répondu à une question ouverte : « Vision de l'évolution de la e-fertilisation : les communautés de pratiques et les réseaux d'experts sont-ils des enjeux pour votre entreprises ? ».
Contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, les dirigeants souhaitent que les outils de l'e-fertilisation soit de plus en plus utilisés dans une mission de développement de leur activité (43%). Néanmoins, nous pouvons penser que l'utilisation actuelle de ces technologies dans l'amélioration interne de l'organisation et le développement des compétences est un préalable nécessaire pour que chacun dans l'entreprise prenne conscience de l'apport des technologies de l'e-fertilisation.
Le partenariat est une seconde opportunité que les communautés de pratique devront faciliter. Le rapprochement de l'entreprise avec ses clients et ses fournisseurs. Les dirigeants mentionnent notamment que « le développement de telles communautés est un levier puissant à l'innovation et à la conduite du changement ».
Enfin, ces communautés et réseaux d'experts devront jouer un rôle d'anticipation des différentes mutations auxquelles l'entreprise doit s'adapter. « La e-fertilisation permettra de valoriser et conserver des savoir-faire dont personne ne peut prévoir, à terme, quelle sera l'efficience vraie dans le futur ».
Pour conclure cette étude, nous reprendrons une phrase de Denis Ettighoffer qui résume la problèmatique de développement des méthodes d'e-fertilisation : « L'art de la création de la valeur à plusieurs nécessite une volonté de conduire des partenariats avec au moins autant d'énergie que pour trouver des gisements de productivité. » A méditer...
Pour en savoir plus sur cette étude :
Institut de Gestion Sociale (IGS) http://www.groupe-igs.asso.fr/
Eurotechnopolis Institut http://www.eurotechnopolis.com
(Stéphanie Parot) Farida Talhi
Pôle Productique Rhône-Alpes
talhi@ppra.fr
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