Recommander cette page
R&D - Innovation

R&D - Innovation

L'éco conception pour une transformation économique durable !

Date de publication : 03-11-2009
La création de produit se doit désormais d’utiliser les préceptes de l’éco-conception représentant un formidable potentiel d’innovations. Mais comment cela se traduit-il concrètement ? Quelles transformations cela peut-il engager ?

Face aux problèmes environnementaux, climatiques et de sur exploitation de nos ressources, notre modèle économique fortement responsable, a besoin d'être transformé.

D'un point de vue écologique, l'économie se devra d'être durable ou ne sera pas.

D'un point de vue économique, il s'agit bien d'un changement de paradigme profond, mettant en cause nos fondamentaux financiers, productivistes et relationnels, qui nous oblige à penser différemment.

Développement durable, éco conception, achats responsables, études d'impacts, voilà autant de notions apparues récemment qui tendent à apporter des réponses.

La création de produit se devra dorénavant d’utiliser les préceptes de l’éco conception, qui loin d’être une contrainte supplémentaire, représente un formidable potentiel d’améliorations et innovations.

Mais à l'échelle de l'entreprise et de ses hommes d’études, comment cela se traduit-il concrètement ? Quelles transformations cela peut il engager dans mon organisation, mon métier, mes hommes, mes outils ?

L’éco conception semble à la mode. Vecteur de communication affiché ouvertement par certains, il est pourtant bien autre chose qu’un simple effet communicant. Il est la traduction directe d’une prise de conscience que notre modèle économique actuel n’est plus pérenne de part son impact environnemental et humain qui met à mal nos perspectives d’avenir.

L’éco conception est donc un élément de réponse. L’idée est toujours de perdurer économiquement et de se développer, mais en étant dictée par la prise de conscience de son action : Que génère ce que je fais, avant, pendant et après ? Quelle perspective de temps, je donne à la perception de mon action ?

Ces deux questions sont les fondements de la démarche qui doit répondre à ce changement de paradigme économique, porté par une modification du comportement des acheteurs et des impositions normatives et réglementaires de plus en plus contraignantes.

Eco concevoir sous entend donc de prendre directement en compte, et ce dès la source du processus de création, la dimension écologique dans son action économique de créer, de produire, d’utiliser et de recycler. Sans minimiser les transformations que cela génère sur les trois premiers points, le dernier est bien une des nouvelles notions majeures : prendre en compte dès la naissance du produit, la gestion de sa fin de vie pour en favoriser le réemploi ou la valorisation de ses éléments constituants.

Bien plus qu’une nouvelle brique de paramètres et contraintes auxquels il va être nécessaire de répondre, il s’agit bien d’une voie de pensée globale, imprégnant tous les étages, tous les rouages et tous les acteurs liés à la conception d’un produit.



Cette nouvelle approche de la conception pourra être nommée comme « éco-conceptuelle » et peut être caractérisée comme :

- Une approche innovante car il s’agit bien de mettre en œuvre de nouveaux critères d’orientation et de sélection des idées de conception et technologies associées.

- Une approche qualitative car il s’agit bien de calibrer et mesurer son impact tout au long du processus de création en utilisant des méthodologies appropriées.

- Une approche transversale car il s’agit de gérer les liens entre l’amont (Matériaux, filières d’approvisionnement, relations fournisseurs, etc.) et l’aval (Moyens et procédés de fabrication, emballage, filière de recyclage ou de valorisation, etc.).


Mais une fois ce cadre philosophique et conceptuel posé, comment le traduire dans les faits, de façon pratique, pragmatique et économiquement viable ?

Face à une nouvelle approche de cet ordre, inévitablement, une question se pose : faut-il tout remettre en question ?

Dans un premier temps NON en ce qui concerne l’expertise métier. Mais ce dernier va s’enrichir des ouvertures apportées par cette approche, soit en approfondissant les acquis, soit en ouvrant d’autres voies technologiques ou conceptuelles non explorées jusqu’alors.


L’éco conception peut être donc appréhendée suivant deux axes parallèles ayant des projections temporelles différentes, mais pouvant être gérés de façon concomitante :

- Projets à courts et moyens termes : adaptation et amélioration de l’existant. L’idée est de partir de bases connues et maîtrisées pour intégrer et mettre en application le principe et ses implications, par paliers appréhendables par tous.

- Projets moyens et longs termes : définition d’une nouvelle gamme de produits éco-conçus. Il s’agit de mettre en œuvre globalement le processus à partir d’un travail de projection marketing et stratégique d’entreprise définissant un éco-positionnement, qui sera relayé par un profond engagement dans l’innovation.


Dans les deux cas, du fait de sa transversalité intrinsèque et de la nécessité de maîtriser ses relations amont et aval tout au long de sa chaîne de valeur, l’éco conception va demander d’être très organisée et méthodique, ceci pouvant se traduire par :

- La mise en place d’une organisation projet et l’utilisation de ses outils.

- La mise en place de procédures et de moyens de communication et d’information mettant en relation étroite, permanente, exhaustive et rapide tous les acteurs concernés.

- L’utilisation de méthodes appropriées, à chaque étape du processus.


Un des points importants est donc l’utilisation de méthodes dans le processus de conception, que se soit purement au niveau des bureaux d’études ou en amont de ces derniers, mais également dans les relations transverses avec les autres métiers tels que les achats ou la fabrication. Ces méthodes peuvent être :

- Celles déjà existantes mais qui seront employés dans un objectif plus complet.

- Des nouvelles spécifiques, qu’il sera nécessaire d’intégrer ou d’exploiter en collaboration avec des acteurs spécialisés.


Les outils et méthodes existants sont globalement :

- Les outils de créativité : Analyse Fonctionnelle et Cahier des charges Fonctionnels, Brainstorming, Analyse de la Valeur. Ils sont utilisés pour trouver les voies d’innovations nécessaires, et ce à partir d’une définition fonctionnelle précise et détaillée dégageant les valeurs d’usage à satisfaire, l’ensemble suivant un cadre de coûts objectifs.

- Les outils d’Achats : ils ont pour rôle de gérer les relations fournisseurs et niveaux de collaboration, de définir les chartes d’éco-engagement, de définir les critères d’éco-sélection et les procédures de contrôle. Au-delà de la mesure et connaissance des impacts environnementaux des fournisseurs, les achats doivent, de façon plus générale, privilégier les chaînes d’approvisionnement courtes et les productions locales qui satisfont davantage au besoin de maîtrise et à la limitation du coût carbone. Les achats doivent donc être impliqués très en amont dans la chaîne décisionnelle, mais sur des critères élargis et non uniquement de coût.

- Les outils Lean : SMED, TRS, TPM, etc. Même si au premier abord, cela peut paraître non directement lié, la performance industrielle possède un aspect éco-conceptuel induit. Réduction des pannes, limitation des rebus, diminution des besoins énergétiques, flexibilité, traçabilité, sont autant d’élément permettant de satisfaire au besoin induit de rationalisation des procédés de fabrication et des moyens de production. Il s’agit bien plus que la notion d’écologie industrielle. Les produits purement éco conçus ont une incidence sur le moyen de production et inversement, un procédé moins impactant pouvant conduire à une conception différente et influer sur le choix des matériaux et des composants, sur la conception des assemblages, etc.

- Les outils de la Qualité : de nature complexe car multipolaire et transversale, l’éco-conception doit suivre un processus rigoureux. Ce processus, qu’il conviendra d’établir si celui-ci n’est pas encore existant, pourra s’appuyer sur les préceptes de l’ISO9000-version 2000. Par ailleurs, un outil tel que l’AMDEC est extrêmement pertinent dans le fond et dans la forme pour visualiser, pondérés et mettre en œuvre les actions correctives si nécessaires suivant un objectif environnemental.


Les outils et méthodes spécifiques sont globalement :

- Le Bilan carbone : c’est un outil de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre développé par l'ADEME. Il permet une évaluation des émissions directes ou induites par son activité de façon globale ou sectorielle (par exemple, production ou transport uniquement). Cet outil est, de part sa nature, limitatif, mais reste pertinent en ce qui concerne les Supply Chain et circuit de distribution, les bilans énergétiques. Il vient en complément d’approche plus complète telle l’ACV.

- L’ACV ou ASQCV : Analyse en Cycle de Vie ou Analyse Simplifiée Qualitative en Cycle de vie. L’ACV est une méthode normée (ISO 14040) qui répond à des critères très précis. Son objectif est de mesurer les impacts environnementaux globaux d’un processus complet ou une partie de celui-ci. Outre le fait de connaître les impacts directs, elle permet de comparer des solutions ou des technologies suivant cet axe. Son approche est complexe et sa mise en œuvre difficile car très complète. L’ASQCV permet de palier à cet inconvénient en simplifiant l’approche, mais les bilans résultants seront par nature partiels. Cela permet néanmoins de pouvoir se donner de grands axes de décisions.

- L’ingénierie avancée : c’est l’étape entre la créativité et la conception pure. Elle a pour vocation d’établir les scénarios technologiques et économiques des diverses voies potentielles, en les pondérant à partir de critères factuels (Faisabilité, coût, temps de développement, impact, ...). L’objectif final est de pouvoir effectuer un choix de définition du produit en limitant au plus possible la prise de risque et les investissements prototypes. Cette phase se concrétisera par l’établissement des spécifications techniques auxquelles devront se conformer les bureaux d’études.

- Le cahier de « recyclabilité » : ce document est le recueil constitutif des composants et matériaux du produit, dans lequel est notifié leurs natures, leurs potentiels de valorisation, les filières exploitables. Ce document n’est pas obligatoire mais trouve sa pertinence dans la volonté de gérer le produit en fin de vie et en faciliter la prise en charge. Il est donc un support approprié pour développer des axes directs de valorisation avec les filières de recyclage.


Les outils et méthodes spécifiques ont pour principal rôle de connaître les impacts environnementaux de tous matériaux, procédés de transformation ou moyens de transport à partir de l’exploitation de bases de données, extrêmement complètes et régulièrement mises à jour. L’objectif est de pouvoir calibrer et pondérer, suivant l’axe de l’impact environnemental, les diverses options de conception et permettre d’effectuer des choix les plus pertinents possibles.

Ces méthodes vont donc être utilisées comme critères de comparaison et de sélection tout au long du processus de conception, mais également en préambule de l’action. En effet, pour tendre vers un objectif d’amélioration et pouvoir mesurer la réalité de son action, encore faut’ il connaître la réalité du moment et son niveau initial.

Ainsi, dans le cas de produits déjà existants, l’éco-conception commencera toujours par un état des lieux, une mesure de ses impacts du moment, internes et externes ainsi que la prise de connaissance de ceux de ses filières (Sous-traitance, achats, transport, etc.).

L’éco-conception représente à sa manière une petite révolution dans le monde des études et de l’ingénierie. Déjà complexes d’une certaine manière, ces métiers doivent s’ouvrir à une dimension supplémentaire : celle de prendre en compte l’impact environnemental de son produit tout au long de son cycle de vie et de se préoccuper de ce qu’il adviendra par la suite. Ces métiers déjà placés au cœur du processus de création, en deviennent davantage prépondérants. Ils représentent le noyau décisionnel car ils sont à la croisé de l’ensemble des relations horizontales et verticales nouées par les divers métiers impliqués dans la réalisation d’un produit éco-conçu.

L’éco-conception oblige à la prise en compte transversale et concomitante des divers métiers impliqués dans la génération d’un produit, par le biais d’une implication collaborative élargie. C’est un des éléments supplémentaires qui en fait la pertinence et qui permet implicitement de faire des gains (productivité, simplification, etc.).

Le schéma ci après illustre d’une certaine manière ces imbrications transversales, les points d’attention éco-conceptuels généraux liés à chaque métier et le positionnement des méthodes majeures à utiliser.

process_eco_concept_400

 

L’éco-conception est aujourd’hui une évidence économique et doit être considérée comme un point central de sa stratégie de développement car vecteur de différenciation et de valorisation.

Même si elle n’apparaît pas forcément facile à aborder en première instance, méthode, rigueur et utilisation des outils appropriés permettent de répondre à ce challenge.

Enfin, bien au-delà de ses apports environnementaux directs, l’éco-conception porte en elle les vertus fédératrices et de projection auprès des divers acteurs de son activité, en redonnant du sens au travail et offrant à nouveau des perspectives d’avenir.

Alors, quand commencez-vous ?


L’auteur de cet article :

Pierre TALOU
INCREEDU’L: Ingénierie Créative Et Durable
Conseil en Innovation / Eco conception produits & procédés
06 48 39 10 25
Pierre.talou@increedul.com



Fabrice RYON
ARDI Performance
fabrice.ryon@ardi-rhonealpes.fr
04 77 91 11 31

Retour en haut

Site réalisé grâce au concours de :
Mentions légales      Technologie ActivePortail   Copyright Pôle Productique Rhône-Alpes 2007, Tous droits réservés