Malgré une hausse de la demande qui leur est favorable et une stabilisation des opérations de fusions/acquisitions, les éditeurs traditionnels d'ERP sont confrontés à plusieurs problèmes.
Comment accroître la lisibilité d'une offre souvent confuse, générer des économies d'échelles, trouver le bon positionnement de marché. Dans ce premier article, le CXP fait un point sur la situation actuelle. La deuxième partie qui sera publiée le mois prochain sera, quant à elle consacrée à l'analyse des pistes d'évolution possibles pour ces éditeurs.
A première vue, tout va mieux aujourd'hui pour les grands éditeurs historiques d'ERP. Une récente étude IDC consacrée au marché ouest-européen des applications ERP souligne que l'année 2006, bien meilleure que prévu, marque un tournant positif dans l'évolution de ce secteur.
Après plusieurs années de stagnation (2003-2004) et une décevante croissance d'à peine 2,5% en 2005, les éditeurs d'ERP ont enregistré en effet en 2006 une croissance moyenne de leur chiffre d'affaires de 2006 de 6,8%. Selon IDC, cette tendance positive devrait se maintenir à une moyenne annuelle de 5,5% sur les cinq ans à venir. Les explications à cette croissance sont multiples. La première est que le marché européen des ERP bénéficie à la fois des besoins de renouvellement des systèmes qui avaient été mis en place dans les années 90 et d'une amélioration globale des conditions économiques pour les entreprises européennes.
Le marché est également tiré par une demande forte des entreprises moyennes, comptant entre 100 et 1000 salariés, pour lesquelles l'intégration des applications dans un progiciel standard autour d'un référentiel unique est facteur de productivité. Enfin, les diverses opérations de fusions et acquisitions réalisées au cours des trois-quatre dernières années commencent à porter leurs fruits pour les leaders du marché, qui bénéficient dorénavant d'une assise financière plus large et plus stable.
Malgré ces éléments positifs, les éditeurs d'ERP généralistes sont confrontés à un certain nombre de problématiques et de challenges. Les nombreuses opérations de rachat ont bouleversé la donne et introduit beaucoup de confusion dans la compréhension du marché : d'où la nécessité pour les acteurs de bien digérer ces fusions pour rendre leur offre plus lisible.
Par ailleurs, le marché du logiciel est en quête de nouveaux modèles économiques : les éditeurs d'ERP ne peuvent esquiver cette problématique. Enfin, plus spécifique au marché français, se pose la question du positionnement entre les grands éditeurs internationaux et les "locaux".
Digérer les fusions/ acquisitions et rendre l'offre plus lisible
Osons dire qu'après la vague impressionnante de rachats des années 2001-2005, la concentration du marché des ERP est achevée. Tous les grands éditeurs de progiciels intégrés ont lancé ou fait l'objet d'OPA, amicales ou inamicales. Le paysage des principaux éditeurs d'ERP aujourd'hui se trouve radicalement changé par rapport à ce qu'il était en 2000.
De nombreux acteurs ont été balayés de la carte. Le début de cette décennie a vu ainsi la disparition d'acteurs tels que Baan, Peoplesoft, JD Edwards, Geac et Intentia, absorbés par d'autres éditeurs. Le rachat de Navision (et de Great Plains aux Etats-Unis) par Microsoft a propulsé de facto le géant de la bureautique sur le métier de l'édition de progiciels de gestion.
En France aussi, l'offre a évolué, suivant en cela le mouvement qui a animé les acteurs mondiaux de l'ERP. Dans l'Hexagone, le britannique Sage a racheté Adonix, tandis que Cegid, outre son rachat de CCMX, a procédé à l'acquisition de GTI Industrie, ERP dédié aux PMI. Seul Qualiac se démarque finalement de la tendance générale : l'éditeur auvergnat privilégie en effet la croissance organique.
Au-delà des ERP, les éditeurs semblent décidés à poursuivre leur concentration en rachetant cette fois les éditeurs de progiciels de gestion de la performance financière (Corporate Performance Management). Les deux figures emblématiques de la consolidation statutaire que sont Cartesis et Hyperion en ont récemment faits les frais : le premier a été acheté par Business Objects tandis que le second va allonger la (déjà) longue liste des éditeurs rachetés par Oracle.
Du coup, il est assez difficile d'appréhender de façon claire ce qui est proposé par les éditeurs d'ERP. Pour les utilisateurs, l'offre manque cruellement de lisibilité. Rachats et fusions l'ont opacifiée car, conjointement et consécutivement à ces rachats, les progiciels eux-mêmes ont été renommés et interfacés entre eux. Plusieurs éditeurs se retrouvent avec des offres qui se recouvrent : d'où la nécessité pour les éditeurs de faire des choix (entre diverses fonctionnalités de BI, par exemple).
Au-delà des annonces de "fusions" et de convergences annoncées de ces diverses solutions, c'est bien la constitution dans d'une offre globale et homogène (voire packagée) qui constitue donc le principal défi des grands éditeurs d'ERP. Un éclairage sur l'offre actuelle de certains éditeurs sera apporté dans la troisième partie de ce dossier.
S'adapter à de nouveaux "business models"
Les évolutions du marché n'ont pas remis en cause le modèle traditionnel de la commercialisation de l'ERP. S'ils gagnent du terrain dans le monde du progiciel de gestion (comme la GRH par exemple, le CRM ou la gestion de contenus), les modèles SaaS (Software as a Service, ASP ou location d'applications hébergées) et Open Source (*) sont loin d'être intégrés dans les stratégies des éditeurs d'ERP généralistes.
La grande majorité d'entre eux continue à vendre leurs offres sur le modèle classique de la vente de licences et de proposer une tarification en fonction du nombre d'utilisateurs. Une licence d'utilisation est allouée nominativement ou bien un certain nombre de licences permet une connexion simultanée au progiciel.
Certes, les éditeurs se disent tous, ou presque, prêts à proposer une solution hébergée à leurs clients qui leur en feraient la demande, au coup par coup. Ils justifient le caractère "prudent" de leur démarche par le faible engouement des entreprises en faveur de ce modèle. Il est vrai que ce modèle s'avère plus délicat pour l'ERP que pour d'autres progiciels moins stratégiques.
L'ERP gère en effet des processus et des données à caractère sensible, confidentiel et complexe. Le paramétrage propre à chaque entreprise rend en outre plus difficile la mise en commun des infrastructures matérielles sur lesquelles sont installés les ERP.
Pourtant, il faudra bien que les éditeurs prennent un jour cette problématique à coeur, surtout s'ils veulent gagner la bataille du "mid-market". Au moins sur le segment des PME, le "serviciel" est l'avenir du progiciel. Et le modèle hébergé/locatif présente un gros avantage pour l'éditeur : outre des revenus récurrents et faciles à maîtriser, la mutualisation des ressources qu'il implique se traduit par d'importantes économies d'échelle.
Le cabinet IDC, qui reconnaît que pour l'instant les applications d'ERP à la demande n'ont pas généré de revenu significatif, prédit une croissance de 50% du modèle "ERP as a service" à partir de 2008. Lors du salon ProgiForum, plusieurs petits éditeurs d'ERP (Apsylis...) vont annoncer des solutions ASP. Cegid, qui fait état d'une forte croissance de ses solutions ASP dans le domaine de la paie et de la RH, estime qu'il y a aussi un vrai marché pour l'ERP On-Demand. Editeur emblématique et pionnier de l'ERP, SAP lui-même va se lancer sur ce créneau avec une offre dédiée l'année prochaine.
Mais, pour passer au modèle SaaS, les éditeurs devront mettre en place l'infrastructure nécessaire pour répondre à un marché de masse et se donner les moyens de proposer une offre hébergée sur de serveurs mutualisés, c'est-à-dire partagés entre plusieurs clients (il s'agit d'installer les données de plusieurs clients sur un même serveur physique au sein d'une ou plusieurs bases de données d'un même ERP) et donc dûment sécurisés pour préserver l'intégrité et la confidentialité des données de chaque client. In fine, le modèle économique induit par la location d'applications est totalement différent de celui qui sous-tend le modèle traditionnel. Le passage de l'un à l'autre modèle n'est pas seulement un défi, c'est une vraie révolution.
Un autre modèle pourra sans doute à l'avenir toucher les éditeurs d'ERP : le modèle Open Source. Pour l'instant, le moins que l'on puisse dire est que l'ERP Open Source ne remporte pas une large adhésion (*).ComPiere, TinyERP, OFBiz sont les pricnipaux ERP en Open Source du marché.
Trouver le bon positionnement sur le marché français
Le marché français n'est pas le marché américain, ni en taille de marché, ni en taille d'entreprises. Le poids du marché des petites et moyennes entreprises y est particulièrement significatif. La France compte en effet plus de trois millions d'entreprises de moins de 2000 salariés et environ 23 000 sur le segment qualifié de mid-market (100 à 2000 salariés).
C'est ce marché qui tire la croissance, ce qui oblige les éditeurs généralistes à une adaptation plus fine de leurs modèles de distribution, à une verticalisation encore plus poussée de leur offre et à l'enrichissement de leur réseau de partenaires.
Côté acteurs, le marché français de l'ERP se divise en deux grandes catégories : les acteurs internationaux et les acteurs locaux.
Les acteurs européens et internationaux :
- Des acteurs de tailles et d'origines diverses sont aujourd'hui présents en France. Le premier reste l'allemand SAP, le plus implanté sur le segment des grandes entreprises. Les éditeurs américains sont nombreux : Microsoft, Lawson (incluant l'offre d'Intentia), Oracle (incluant les offres de PeopleSoft et JD Edwards), Infor et QAD. Citons aussi Agresso et Exact Software (d'origine néerlandaise), Jeeves, IFS, IBS (tous trois d'origine suédoise).
- Les acteurs locaux :
Les grands éditeurs d'ERP français généralistes sont aujourd'hui peu nombreux : Cegid, Qualiac. Bien qu'appartenant à un groupe d'origine britannique, Sage France, qui a notamment racheté le français Adonix, peut être considéré comme un acteur local (nous analyserons son positionnement dans la troisième partie de ce dossier). D'autres acteurs évoluent sur ce marché, mais ils sont de taille bien plus modeste : Eurêka Solutions, Divalto, Sylob en sont des exemples très représentatifs.
Article paru dans L'Oeil Expert, juin 2007 Magazine du CXP
Dans notre prochaine lettre : Où vont les ERP ? Les pistes d'évolution
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