Progresser en qualité, délais, réactivité et productivité constitue la motivation habituelle des projets productiques. La plupart du temps, ces projets génèrent des changements dans l'organisation et dans la nature du travail; les incidences les plus généralement relevées sur le terrain sont les suivantes :
* L'équipe semi-autonome (ou îlot)
L'organisation en équipe semi-autonome ou îlot répond avant tout à un problème de réactivité. Cette forme d'organisation entraîne un accroissement important de l'autonomie laissée aux opérateurs: Cette commande doit être prête pour tel délai, cela vous semble-t-il réalisable? si oui, allez-y en vous organisant comme vous le souhaitez. Le principe fondamental et l'avantage premier de cette démarche repose sur une responsabilisation effective des opérateurs : On est là, il faut aller ici, prenez le chemin qui vous semble le meilleur. Si on impose le chemin, au moindre problème les gens s'arrêtent. Dans les îlots, les gens sont plus responsables, plus moteurs, ailleurs les gens subissent ce qu'on leur demande de faire. Le fonctionnement quotidien, approvisionnement, surveillance, premiers dépannages, est à la charge de l'équipe. Il y a une réelle délégation, cela devient leur problème, ils sont totalement concernés. La flexibilité de l'îlot permet une réponse rapide aux clients, il est avant tout adopté pour les petites séries.
L'équipe semi-autonome, c'est aussi la mise en évidence de l'avantage d'une bonne communication, L'intérêt de l'Îlot c'est que la remontée des informations est très rapide; la solution est trouvée en temps réel. On n'a jamais fait deux fois la même erreur, Cela pousse à la qualité totale, l'erreur est immédiatement assimilée par tous.
Derrière cette organisation se cache aussi le souci d'éviter au maximum les opérations inutiles. Le principe est la recherche de la simplicité : simplifions et éliminons les tâches qui ne contribuent pas à donner une voleur ajoutée à la commande.
L'organisation nouvelle, c'est le passage de la relation "un homme-une machine" à la relation "une équipe des ressources un objectif"
Bien que très souvent évoquée, l'organisation semi-autonome n'est pas l'évolution la plus fréquente rencontrée lors d'un projet productique. C'est souvent une cible à moyen terme et même lorsqu'elle est mise en place, son installation se fait petit à petit, atelier par atelier, aucune des entreprises rencontrées n'avait effectué totalement le passage à cette nou- velle forme d'organisation.
* L'enrichissement des tâches
Par contre cette évolution est la plus fréquemment constatée dans les changements liés aux nouvelles organisations de l'outil de production. C'est la solution qui permet, grâce à l'utilisation optimale des compétences des hommes de l'entreprise, de tirer le meilleur rendement des nouvelles installations. Ce changement s'impose aussi souvent comme une réponse à une phase de déqualification engendrée par l'automatisation du processus de fabrication. L'élargissement des tâches permet d'utiliser au mieux le potentiel. sur les grandes séries, il y a répétitivité des gestes, d'où un manque d'intérêt, des gens qui s'endorment et perdent leur métier
Globalement on assiste à une élévation des compétences et des exigences, les compétences sont tirées vers le haut. Le recrutement des opérateurs se fait à un niveau leur permettant de progresser. L'aspect créativité est important, on a besoin de forces de propositions. Cela se traduit d'abord par une présence beaucoup plus importante de l'opérateur dans la fabrication. Son rapport avec la machine est modifié: il doit pouvoir agir face à des aléas, juger du problème, connaître le correspondant susceptible de le résoudre, cela se traduit par une meilleure réactivité. Son rôle est primordial dans l'objectif d'utilisation optimale de la machine. Ceci entraîne une modification des mentalités, il faut s'engager, prendre des décisions. Cet enrichissement des tâches s'accompagnent généralement d'un travail important de redéfinition des qualifications et de formation, avec prise en compte des responsabilités nouvelles au poste de travail : qualité, logistique, maintenance premier niveau, suivi de production...
* La polyvalence
Face au besoin de réactivité, les entreprises ont aussi augmenté la polyvalence de leurs opérateurs; c'est à dire leur capacité à s'adapter à des postes différents en particulier au sein d'un même îlot mais aussi sur des lignes différentes. La redéfinition des qualifications, la formation nécessaire et la validation des compétences acquises sont les trois étapes qui accompagnent l'enrichissement des tâches et qui concrétisent la mise en oeuvre de la polyvalence.
* Le nouveau rôle de l'encadrement
Face à cet élargissement des tâches des opérateurs, le rôle de Ici hiérarchie - cadres et agents de maîtrise - est amené à évoluer. L'heure de l'autorité pure et dure est finie, ce n'est plus l'époque des garde-chiourme. Face à ce supplément de responsabilités laissé aux opérateurs, le rôle des agents de maîtrise est primordial; ils se trouvent investis d'une mission importante de communication. Ils sont porteurs de messages, ce sont aussi les relais des chefs de projets. Ils ont aussi un travail important d'écoute, de courroie de transmission entre les services. Mais leur rôle auprès de l'atelier est toujours essentiel, pour ne pas se laisser dépasser par les évènements, il faut être sur le terrain, être au contact.
Avec la responsabilisation des équipes, le rôle de l'encadrement est de dire le "quoi", c'est à dire l'objectif et de laisser les équipes décider du "comment. Leurs rôle est de faciliter le travail en apportant des conseils, en suscitant des initiatives sans se substituer aux opérateurs. Selon leurs dispositions, les agents de maîtrise tendent à se transformer en animateur d'équipe ou en support technique.
* Le recentrage des fonctionnels
Voyant une partie de leur activité reprise par les opérateurs, les "fonctionnels" subissent totalement ces modifications générées par les projets productiques. Généralement déchargés de certaines tâches, leur rôle s'enrichit de missions plus tournées vers le moyen ou le long terme. C'est le cas des acheteurs qui n'ont plus à gérer le quotidien (avec la mise en place du Kanban, l'approvisionnement est directement géré par les équipes) et qui peuvent se consacrer plus assidûment à leur activité principale de négociateurs et de faire de la veille sur le marché des fournisseurs. De même avec la mise en place de l'auto-contrôle, certains contrôleurs disparaissent pour devenir des techniciens de qualité chargés d'assister la fabrication.